16 novembre 2018

MOT T'A DIT


De biens belles rencontres hier au Salon du Livres de Montréal. Natasha Kanapé Fontine, Joséphine Bacon, Jean-Paul Daoust et mes amies Michèle Grenier et Gabrielle Boulianne-Tremblay. La lecture d’auteurs que nous aimons est toujours un coup de pouce pour nous aider à bonifier notre écriture. 



11 novembre 2018

ENTRE TOIT ÉMOI


Il n’avait que 13 ans Ti-Paul

préparant le repas dans un grand bol

pour ces travailleurs en âge pour la guerre

restés dans le fond des bois en pleine misère …

- Denis Roy

 

Ti-Paul n’avait que 12 ans lorsque sa mère, Léonide, est décédé.

 

Son père, Joseph Augustin, un soldat marqué par la Grande Guerre de 14-18 (il avait été blessé par éclats d’obus et avait vu bien des horreurs), bien que vivant en post-traumatisme (ce qui n’était pas reconnu à l’époque, ni par la médecine qui fermait peut-être les yeux par obligation, ni par la société), prit part à la guerre de 39-45 comme gardien à la protection des barrages du Québec. Le gouvernement soupçonnait que ceux-ci pouvait s’avérer des cibles intéressantes pour l’envahisseur Allemand.

 

Ti-Paul fut donc pris en charge par ses grands frères dans un camp de bucherons en Mauricie. Étant donné son jeune âge, ils le firent cuistot.

 

Lorsque les policiers militaires (Military Police – MP) passaient par les camps de bucherons pour y récupérer ceux qui étaient en âge pour aller à la guerre, les patrons qui étaient informé (on ne sait pas comment), de leur venu, demandait aux hommes en âge pour aller à la guerre, de rester dans le bois, sur le site des coupes durant quelques jours, jusqu’après le passage des MP. Évidemment, un cuistot restait aussi dans le bois durant cette période pour les nourrir. Voilà pour l’histoire de Ti-Paul.

 

Joseph-Augustin, le père de Ti-Paul, décéda à l’hôpital des anciens combattants au printemps 1943, dès suites, et de la maladie, et de sa blessure de guerre qui revenait le hanter (éclats d’obus), et sans doute que son était post-traumatique y était pour quelques chose. Il avait raconté à Ti-Paul, un jour, la seule fois où il lui parla de la guerre, que la nuit, il se réveillait encore avec cette image ou il voyait son ami recevoir un obus en plein visage. C’est sans doute pourquoi les bucherons qui avait fait la Grande guerre de 14-18, buvaient jusqu’à s’endormir le soir venu, afin de ne pas rêver ces nuits-là.

 

Ti-Paul, c’est mon père. Après la guerre, il rencontra ma mère et ils eurent beaucoup d’enfants.  Ma mère aussi a connu la guerre. D’ailleurs, elle se rappel bien le jour où l’on annonça la fin des hostilités. C’était jour de fête en ville, mais surtout, jour de grand soulagement.

 

Et puis j’ai tous ces gens que j’ai côtoyé durant mes 38 ans de carrière à la défense nationale, des amis disparus aujourd’hui, d’autres qui s’ajuste à une vie en plein post-traumatisme, ou qui cherchent à se reconstruire. Vous savez, y a rien de plus néfaste que de ne pas recevoir de reconnaissance pour des gestes que nous avons posés dans le but de soulager et protéger les gens de chez nous, et même d’ailleurs.

 

Aujourd’hui, je vois à l’occasion des messages haineux sur les réseaux sociaux concernant les anciens combattants. Dont certains sur le souvenir et la raison d’être du coquelicot pour saluer la contribution du soldat. Ce que j’en dis?

 

Il est trop facile

de cracher au visage du soldat

en croyant avoir bonne conscience

et se pavaner pour la liberté

tout en se mettant la tête dans le sable

niant que notre liberté

à pour non ce soldat

 

Moi, j’aurai toujours de la difficulté à comprendre celui qui lance des pierres aux soldats une fois la guerre fini, alors que ce droit de lancer la pierre, quelqu’un d’autre l’a gagné pour lui.

 

Aujourd’hui, je ne prendrai part à aucune activité en lien avec le Jour du Souvenir. Je resterai bien sage, à me protéger de tous ce qui se dira et tous ce qui se fera. J’en ai bien besoin. Je travaille sur ma reconstruction physique que l’entraînement acharné (que j’ai bien aimé faire durant toutes ces années) m’a causée et m’amène comme limite depuis plusieurs années. Je vais aussi travailler à me guérir de cette idée d’imposture que je me fais afin de comprendre mon réel besoin d’aide pour aller de l’avant et sans doute, un autre tantôt, on s’en parlera, autrement.

 

Ceci étant dit, rien de tout ceci ne m’empêche de souhaiter la paix dans le monde et le rêve qu’un jour nous n’aurons plus besoin de soldats.

 

Mais entretemps …

 

… merci Soldat!

 

Denis Roy

 

Photos : 1 – Au centre, J-A. Roy, affecté à la protection des barrages durant la guerre 39-45

2 – Épitaphe de J-A. Roy au cimetière de Sillery à Québec

3 – Médaille de la Victoire de J-A. Roy pour sa participation à la guerre 14-18